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Histoire locale
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Blason d’Auzet (XVe siècle) :

« d’or à trois chênes de sinople, deux en chef et un en pointe, et une cloche d’azur, bataillée d’argent, posée en pal »

 

 

 

 

 

 

 

 


Fragments d’histoire

 

Cette reconstitution de l’histoire du village s’est d’abord appuyée sur les recherches de M. Bruno Mounis, ancien directeur adjoint du centre Musique et Environnement « La Fontaine de l’Ours ». Elle se poursuit « au fil de l’eau » grâce aux découvertes et aux publications des historiens et archéologues locaux, lorsqu’elles reposent sur des sources référencées.

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AUX ORIGINES

Des silex taillés, ramassés au début du siècle près des campagnes de Lauzerol, représentent la trace humaine la plus ancienne et les seuls indices préhistoriques relevés sur le territoire de la commune.

Plus spectaculaire, la découverte d’un « dépôt votif » (1) de 42 pièces antiques, dont 27 armes blanches, au Saut de la Pie en 1958 constitue une véritable énigme archéologique. Leur datation fait débat : du milieu du VIe siècle avant notre ère (Premier âge du fer) au Bas Empire romain (fin du IIe à fin du Ve siècle après J.-C.) (2 et 3).

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Repères historiques

• Les Edenates (vallée de la Blanche), les Bodiontici (capitale : Digne) et les Gallitae, tribu intégrant sans doute les Auzetans d’alors (4 et 5), sont soumis par l’empereur romain Auguste en 14 av. J.-C.

• Le christianisme s’installe définitivement dans les Alpes du Sud durant la seconde moitié du IVe siècle.

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La première mention écrite du village apparaît au IXe siècle. Auzet est identifié comme in Alisino (gaulois aliso et suffixe -inum, puis -etum de sens identique : bois d’alisiers, selon E. Sauze) (6) dans le Polyptyque de l’évêque de Marseille, Wadalde (813-814). Avec l’établissement voisin in Carcas (Charche, à Verdaches), ils constituent la pointe nord-ouest de l’Ager Galadius (« champs cultivés » de la vallée de la Bléone et ses affluents) dont les 75 exploitations agricoles dépendent de l’abbaye Saint-Victor de Marseille.

A la fin du Xe siècle, Auzet dépend du municipe de Seyne sous l’autorité effective de Guillaume Ier, comte de Provence. Au milieu du XIe (1058), le village serait aussi connu sous le nom d’Ausitum (4).

Le Cartulaire de Saint-Victor (7), établi vers 1070-1080, détaille les biens de l’abbaye marseillaise dans toute la Provence. Elle possède à Auzet deux exploitations spécialisées dans l’élevage ovin (vercaria) dont dépendent une quarantaine d’habitants. Le même document mentionne l’existence d’un Gisbernus de Ausito, témoin lors d’une donation du vicomte de Gap, Isoard de Mison, à l’abbaye de Saint-Victor en 1058 (8).

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LE MOYEN ÂGE ET LA FÉODALITÉ

Dans sa monumentale Histoire de Seyne (9), l’abbé Célestin Allibert mentionne la présence du village en tant que paroisse dans le bailliage de Seyne et le diocèse de Digne à la fin du XIIe siècle. Il se nomme alors Auzeto, en latin castrum Auzeti (précision importante puisqu’elle indique la présence d’un retranchement défensif) et dépend directement du comte de Provence.

Nouvelles traces, cette fois au XIIIe siècle :

– 1228 : comme membre du bailliage et de la viguerie de Seyne ;

– 1285 : à l’occasion d’un procès gagné par les « administra- teurs » auzetans contre Giraud de Beauvillar (village proche de Seyne, incendié et rayé de la carte en 1446) et ses alliés les édiles de Seyne, pour conduite illicite de troupeaux sur les pâturages du Fanget.

Dans la première moitié du XIIIe siècle, le comte de Provence accorde le régime du consulat à plusieurs communautés voisines : Seyne (1223), Selonnet (1228), Verdaches et Le Vernet (1237). Pour l’heure, aucun document n’informe qu’Auzet bénéficiait du même statut libéral. Le consulat permettait aux chefs de famille d’élire leurs représentants (consuls), de s’administrer et de se défendre.

En 1316, la communauté compte 98 feux fiscaux (ou ménages, 1 feu = 4,5 personnes en milieu rural) soit quelque 490 habitants, mais seulement 32 feux en 1471 (4). Les guerres civiles pour la conquête du pouvoir en Provence, les pillages des bandes armées et la peste noire (1347) n’ont sans doute pas épargné le village.

Nouvelle trace d’Auseto en 1351 (10).


La reine Jeanne, qui a séjourné moins de deux ans en Provence.

 

En 1364, le sénéchal Foulque d’Agout fait vérifier les biens de Jeanne Ire de Naples, comtesse de Provence (1326-1382) dans le bailliage de Seyne. Le document établi à cette occasion signale l’existence de trois moulins à Auzet et ne mentionne pas la présence d’un seigneur.

Mais en quelques années, tout bascule :

– en 1385 Artaud de Mélan, évêque de Sisteron, achète la commune à Marie de Blois, régente et comtesse de Provence qu’il a soutenue durant la guerre de succession, dite de l’Union d’Aix (1382-1387) ;

– en 1394, l’évêque revend son bien à Guigonet de Jarente, seigneur de Montclar ; Auzet est désormais inféodé à un seigneur laïc ;

– la même année, le 24 décembre, la régente Marie rachète la commune pour l’attribuer à Franchisque d’Arcussia de Carpe en compensation d’une terre cédée au domaine royal.

En 1462, le testament de Louis d’Arcussia, fils aîné de Franchisque, transmet son fief d’Auzet à l’un de ses trois fils, sans doute Honoré.

Plus trace des Arcussia jusqu’en 1490, année ou Antoine de Matheron est co-seigneur avec son frère Pierre. Finalement seul détenteur du fief, il en dote sa dernière fille Melchionne (née en 1517), issue d’un second mariage.

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LES GUERRES DE RELIGION ET DE LA ROYAUTÉ

Repère historique : le 14 décembre 1481, Charles III comte de Provence meurt à Marseille. Le 15 janvier 1482, les Etats provençaux reconnaissent le roi de France Louis XI, qui manœuvrait depuis longtemps en ce sens, comme comte de Provence. Cette dernière est rattachée à la France.

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Au XVIe siècle, les guerres de religion ruinent le bailliage de Seyne. Louis I de Baschi est seigneur d’Auzet depuis 1537 suite à son union avec Melchionne de Matheron. Leur fils cadet Louis II, brièvement seigneur d’Auzet, embrasse la cause de la Réforme et meurt au combat en 1574. Seyne, alors place forte protestante, est prise par le duc d’Epernon, comte de Provence, en 1585.

Au siècle suivant, la région est à genoux. Les communautés surendettées ne peuvent acquitter les impôts dus à leur suzerain, au comte, au roi, à l’Eglise. Elles doivent se séparer de leurs biens communaux.

Fin de la domination des Baschi en 1647 : Alexandre II de Baschi, fils d’Alexandre I, sixième fils de Louis I, vend sa seigneurie d’Auzet à Horace de Castellane, seigneur de Majastres. Une nouvelle dynastie s’installe.

La fin du siècle est dominée par la guerre entre la France et les nations membres de la ligue d’Augsbourg, auxquelles se joint le royaume de Savoie en 1687. La frontière avec ce dernier suivant la crête de la Blanche, la vallée fait l’objet de pillages et de combats acharnés. Les Auzetans mobilisés y participent. Le bétail du baillage se réfugie dans les forêts et les pâturages de la commune. Il est également utilisé pour transporter canons et boulets ! (9) Le conflit, qui met l’Europe à feu et à sang, prend fin sur le front italien grâce à un accord avec Victor-Amédée II suivi du traité de Ryswick (1697).

Au XVIIIe siècle, Gaspard de Castellane cède son fief d’Auzet à Honnoré de Laugier, seigneur de Villars et de Châteauredon (1726).


Inscription au quartier du Serre. 1729 : Auzet dépend des Laugier-Villars depuis trois ans

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En 1765, Auzet compte 340 habitants (4). Douze ans plus tard, on y dénombre 16 « fabricants et tisserands » !

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LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE

Une « société populaire » est créée en 1793 (11). Comme partout en France, ses membres devaient y débattre des questions de société, commenter l’actualité et discuter des projets de lois soumis à l’Assemblée nationale.

La même année, le village compte 308 habitants. Par la suite, sa population ne cessera de décliner.

La commune rachète des pâturages à son dernier seigneur, Louis-Antoine comte de Laugier-Villars, en 1794. 

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LA PÉRIODE CONTEMPORAINE

L’église Saint-André, construite au XVIe siècle (4) à l’emplacement de l’édifice actuel, est engloutie par une première crue en 1787, puis une seconde en 1807. Minée par l’humidité, elle est démolie en mars 1872 et sa reconstruction s’achève en 1874. La flèche du clocher culmine à 22,8 mètres. Dominant l’autel, une toile monumentale représente Le Martyre de saint Barthélémy et de saint André (12), attribuée à Fidèle-Maria Patritti, peintre italien itinérant, et datée de 1848 (13).

Il faut attendre 1882 et les lois Jules Ferry pour qu’Auzet se dote d’une école primaire. En 1863, le village figure en effet parmi les 17 communes du département (sur 245) qui n’en possèdent pas (14).

Toutefois, l’absence de bâtiment dédié n’empêchait pas la scolarisation : le recensement de 1841 (15) nous informe de la présence du premier instituteur à Auzet, Antoine Désiré Lombard, sans préciser la date exacte de sa prise de fonction.

Rappelons que, dans les communes de moins de 500 habitants, la scolarité était alors réservée aux seuls garçons, les filles devant attendre 1882 pour bénéficier de l’instruction primaire, laïque et obligatoire (de 6 à 13 ans) dans tout l’Hexagone. 

Treize Auzetans disparaissent dans les combats de 1914-1918, sur une population de 228 âmes selon le recensement de 1911.


Simone Chaumet et Jeannine Bissierier avec leurs jeunes protégés au col du Fanget

Août 1944 : le groupe des Francs-Tireurs et Partisans d’Auzet défile à Digne, libérée par les troupes américaines et les résistants locaux.

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De 1943 à la Libération, une dizaine d’enfants juifs se réfugie au col du Fanget, dans une auberge de jeunesse aujourd’hui disparue. Encadrés par deux jeunes femmes volontaires en liaison avec les « Amitiés chrétiennes », ils sont alimentés par la population seynoise et auzetane. Dans le village, plusieurs enfants cachés dans les familles sont sauvés de la déportation. En reconnaissance de ces actions, quatre Auzetans sont distingués comme « Justes parmi les Nations ».

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M.S.

 

SOURCES

1. Selon Daniel Vaissière, président de l’Association de recherche et de documentation archéologique de Haute Provence (ARDA 04)

2. Carte archéologique de la Gaule - Alpes-de-Haute-Provence, pp. 81 et 82 - Géraldine Bérard - Fondation des sciences de l’homme - Ministère de la Culture - Académie des Inscriptions et Belles Lettres

3. Une Énigme archéologique : la cachette d’armes antiques de la clue de Verdaches, Raymond Moulin - Annales de Haute Provence - Bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, Le pays de Seyne - n° 292 - 2e sem. 1981

4. Atlas historique. Provence, Comtat Venaissin, principauté d’Orange, comté de Nice, principauté de Monaco - Édouard Baratier, Georges Duby et Ernest Hildesheimer - Libr. Armand Colin, Paris, 1969, p. 162

5. Carte établie par l’ARDA 04

6. Le Polyptyque de Wadalde : problèmes de toponymie et de topographie provençales au IXe siècle - Provence Historique tome XXXIV, fascicule 135, p. 19 - Élisabeth Sauze - janvier-février-mars 1984

7. Cartulaire de Saint-Victor, tome II, H 64 et 73, pp. 646 et 648 (disponible sur Google Books)

8. Cartulaire de Saint-Victor, tome II, p. 37, n° 694

9. Histoire de Seyne, de son bailliage et de sa viguerie - Célestin Allibert, Barcelonnette, 1904, 2 vol.

10. Pouillés des provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, pp. 255 et 259 - Etienne Clouzot, 1923

11. La Révolution dans les Basses-Alpes - Les sociétés populaires, Patrice Alphand - Annales de Haute Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des AHP, n° 307, 1er trimestre 1989, pp. 298 et 299

12. Dont M. Jacques Roux propose une exégèse en cinq chapitres sur le site du Mas du Barret : www.masdubarret.com/ ?p=126

13. Guide historique du patrimoine religieux du Pays de Seyne - Alain Bouyala et Daniel Thiery, 2014

14. Les Maisons d’école, pp. 9 et 11 - Jean-Christophe Labadie (directeur) - Archives départementales des AHP, Digne, 2013

15. Voir le site internet des Archives départementales du 04.

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Ces « fragments d’histoire » s’appuient également sur des archives communales et départementales (Alpes-de-Haute-Provence et Bouches-du-Rhône).

Enfin, on notera que la riche contribution de M. Daniel Thiéry sur l’histoire de la Haute Bléone via son site internet n’est plus disponible suite au décès de son auteur en 2017.



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